Chine-US: Un Jeu Non Coopératif

BY MARC CRAQUELIN

La guerre commerciale qui oppose les Etats-Unis à la plupart de ses partenaires commerciaux et à la Chine en particulier fait songer aux « jeux non coopératifs » chers à John Forbes Nash. Mathématicien dont la carrière aura été longuement interrompue par la schizophrénie, Nash a travaillé sur la théorie des jeux et des formes d’équilibres particuliers résultant de l’optimisation individuelle du choix des protagonistes. Désormais connus sous le nom d’Equilibre de Nash, il reflète des situations troublantes présentant quelques similitudes avec la joute sino-américaine.

Imaginons un jeu simple disputé par deux joueurs. Chacun des deux ne peut choisir que noir ou blanc, sans concertation avec l’adversaire. Quatre configurations sont donc possibles:

• A et B jouent blanc, ils se partagent 100euros, soit 50 euros chacun.

• A joue blanc B joue noir, A ne gagne rien, B gagne 100 euros.

• A joue noir, B joue blanc, A gagne 100 euros, B ne gagne rien.

• A et B jouent noirs: aucun des deux joueurs n’empoche de gain.

Si le premier joueur a une grande confiance dans l’âme humaine il jouera blanc se disant que B fera de même, ainsi A et B empocheront 50 euros chacun ; s’ils poursuivent avec la même stratégie le jeu s’avère très rentable pour les deux joueurs, chacun encaisse 50 euros par tour.

Au contraire si A est méfiant il jouera noir, et si B partage le même caractère chafouin il joue noir également, le jeu peut durer fort longtemps sans gain pour personne. Le joueur qui abandonnerait le vote noir prendrait le risque d’améliorer la situation de son adversaire … On est sur un équilibre, un équilibre curieux produisant « in fine » le pire rendement  à la fois collectif et individuel.

Remplacez A et B par le nom des présidents chinois et américain, le noir par une taxation d’un panier de biens et vous avez une assez bonne représentation de ce qui est en train de se produire. Avait-on besoin de « réveiller » Nash pour arriver à la conclusion que le président américain s’est engagé dans un jeu non coopératif ? Probablement pas tant le caractère « non coopératif » semble naturellement s’appliquer à l’attitude de Donald Trump.

Le parallèle avec la théorie des jeux mérite pourtant d’être poussé plus avant.  Sauf à se satisfaire de ne jamais s’enrichir (avec comme seule consolation celle de ne pas être plus mal loti que son adversaire) les joueurs A et B peuvent tenter une stratégie « meilleure » que celle conduisant à l’Equilibre de Nash précédemment décrit. L’une de ces stratégies consiste à jouer comme l’a fait son adversaire au coup précédent. Si B a joué blanc, au coup suivant A joue blanc, si B a joué noir A jouera noir. En calant son choix sur le choix de l’adversaire du tour précédent on se donne une chance d’envoyer un signal à celui-ci et de sortir de la séquence destructrice.

On récompense le blanc avec un nouveau blanc, on punit le noir avec un nouveau noir. C’est d’ailleurs ce que fait Xi Jinping depuis le début de cette escalade. Il répond à chaque attaque commerciale par une annonce du même type: il rejoue noir. Le camp adverse persiste sur le noir également avec en dernière action une taxation à 10% sur 200 milliards de biens exportés.  

Le caractère mortifère de l’Equilibre de Nash engendré par une infatigable réitération du choix agressif finit toujours par apparaître… même au joueur le plus entêté. Si de plus le joueur est en période électorale, la durée  d’entêtement risque de se prolonger, elle prendra fin néanmoins.

Et c’est sans doute ce qui peut donner un peu d’espoir dans cette étape d’affrontement commercial des Etats-Unis avec le reste du monde, les Equilibres de Nash ne sont pas une fatalité.  Le marché chinois a abandonné 20 % depuis le début des joutes verbales sino-américaines, le yuan a abandonné   10 %, reconstituant ainsi du potentiel destiné à l’instant  où l’un des joueurs jouera blanc.

A PROPOS DE MARC CRAQUELIN

 

Marc est Directeur non exécutif de EI Sturdza Funds Plc, ancien CIO et membre du Comité Exécutif de La Financière de L’Echiquier (LFDE).

Possédant une vaste expérience acquise dans le monde de la finance au travers de postes de direction occupés depuis 1986 chez Finacor, EBPF et enfin auprès de La Financière de l’Echiquier, qu’il a rejoint en 2001. Marc a été nommé Directeur des Investissements de LFDE en 2009, à la tête d’une équipe gérant EUR 8,5 milliards investis dans les marchés des actions et des titres à revenu fixe (obligations de sociétés et convertibles). Marc supervisait le processus d’investissement et éditait les directives macroéconomiques « top down ». Il a également été responsable de la mise en œuvre de nouveaux outils et de l’extension de la gamme de produits de LFDE. En 2016, Marc a été récompensé par le prix « CIO de l’Année » de «l’AGEFI» avant de quitter LFDE en octobre 2017 avec à l’esprit l’accomplissement d’autres passions.

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Les opinions et les déclarations contenues dans le présent document sont celles de Marc Craquelin, Directeur non exécutif d’EI Sturdza Funds Plc au 05/10/18.

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